L'Arabie Saoudite, au cœur de la transformation économique de sa Vision 2030, est en train de poser les bases d'une innovation qui pourrait redéfinir la finance islamique : un stablecoin souverain, le Saudi Digital Riyal (SDR). L'idée, portée par des visionnaires comme Faisal Alferdos, n'est pas seulement de numériser le Riyal, mais de créer un écosystème financier qui résonne avec les valeurs et les besoins du monde musulman. Mais cette avancée spectaculaire est-elle une aube pour la souveraineté financière ou un crépuscule pour la décentralisation ?
La proposition
Dans un post LinkedIn qui a suscité un vif débat, Faisal Alferdos a esquissé les contours d'un stablecoin qui n'est pas "juste une autre monnaie numérique" [1]. Le SDR serait adossé à des Sukuk (obligations islamiques) déjà émises par le gouvernement saoudien, lui conférant une stabilité et une légitimité ancrées dans des actifs tangibles. La technologie envisagée, R3 Corda, est une blockchain privée et permissionnée, privilégiant le contrôle et la sécurité.
Mais la véritable innovation réside dans deux caractéristiques uniques :
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Demande structurelle intégrée : chaque année, des millions de pèlerins se rendent à La Mecque et à Médine, faisant face à des frais de change exorbitants. Le SDR offrirait une solution de paiement fluide, éliminant ces frictions et créant une demande mondiale organique.
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Automatisation de la zakat : c'est le point le plus révolutionnaire. Le système pourrait automatiquement prélever la Zakat (l'aumône légale, un des cinq piliers de l'Islam) de 2,5% sur les soldes inactifs. Cela lèverait un obstacle majeur pour de nombreux musulmans désireux de participer à la finance numérique tout en respectant leurs obligations religieuses.
"Imaginez que les détenteurs n'aient pas à s'inquiéter du calcul ou du paiement de la Zakat eux-mêmes, le gouvernement s'en charge. Cela supprime un réel point de friction pour les musulmans qui veulent participer à la finance numérique mais s'inquiètent de la conformité." - Faisal Alferdos [1]
Le paradoxe : adoption institutionnelle vs. souveraineté individuelle
L'initiative saoudienne est une validation massive de la technologie blockchain par un État du G20. Elle promet d'attirer des investissements, de stimuler la croissance du PIB et de positionner le royaume comme un leader de la finance numérique islamique. Cependant, du point de vue du Crypto P2P Club, cette vision soulève des questions fondamentales.
| Caractéristique | Avantage (vision d'état) | Inconvénient (vision Crypto P2P Club) |
|---|---|---|
| Blockchain privée (R3 Corda) | Contrôle total, sécurité, conformité réglementaire | Centralisation, manque de transparence, censure possible |
| Adossement aux Sukuk | Stabilité, confiance, conformité islamique perçue | Dépendance à l'égard de l'État, risque de contrepartie |
| Automatisation de la zakat | Facilité, conformité garantie pour les utilisateurs | Perte de contrôle sur ses fonds, surveillance fiscale |
| Custody par SAMA | Sécurité institutionnelle, protection des consommateurs | "Not your keys, not your coins", perte totale de souveraineté |
Le commentaire de Liudvik Nagalka est particulièrement pertinent : "Si le SDR est souverain, le dépositaire ne peut pas être 'le protocole' ou un consortium - il doit être clairement inscrit au bilan de la SAMA (l'autorité monétaire saoudienne) et dans le périmètre de la gouvernance de la charia." [1]. Cela confirme que le SDR, dans sa forme la plus probable, sera un instrument de contrôle centralisé, et non un outil de libération financière.
La Vision du Crypto P2P Club : célébrer l'innovation, éduquer sur la souveraineté
Au Crypto P2P Club, nous saluons l'audace et l'innovation de l'Arabie Saoudite. Créer un pont entre la finance traditionnelle islamique et le monde numérique est une étape cruciale. Cependant, notre mission est d'éduquer sur la différence fondamentale entre une blockchain d'État et un réseau public et décentralisé.
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Un outil, pas une fin : le SDR peut être un excellent "on-ramp" pour des millions de personnes, leur première interaction avec un actif numérique. Mais ce doit être une porte d'entrée vers la vraie souveraineté, pas une cour de prison dorée.
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La souveraineté n'est pas négociable : la véritable promesse de la crypto-monnaie réside dans l'auto-garde (self-custody). La capacité de détenir ses propres actifs, sans intermédiaire, est le principe fondamental que nous défendons.
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Éducation avant tout : notre rôle est d'expliquer que si le SDR facilite la vie, il le fait au prix de la souveraineté. Nous devons apprendre à nos membres à utiliser ces outils tout en comprenant leurs limites, et à toujours privilégier les solutions non-custodiales pour la conservation de leur patrimoine.
En conclusion, le projet de stablecoin saoudien est une avancée fascinante, un pas de géant pour l'adoption de la technologie blockchain dans le monde islamique. Mais il nous rappelle aussi que le mot "crypto" peut être utilisé pour décrire des systèmes diamétralement opposés. L'un vise l'efficacité par le contrôle, l'autre la liberté par la décentralisation. Notre choix, au Crypto P2P Club, est clair.
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Références
[1] Alferdos, F. (2025, Décembre 21). Saudi Stablecoin. The time is now! [Post LinkedIn]. LinkedIn. https://www.linkedin.com/posts/alferdos_saudistablecoin-stablecoin-vision2030-activity-7408388325260300288-oU28