Crypto 19 Nov 2025 Crypto P2P Club 37

L'Arabie Saoudite tokenise sa bourse : quand Vision 2030 rencontre la blockchain

L'Arabie Saoudite tokenise sa bourse : quand Vision 2030 rencontre la blockchain

L'annonce récente du partenariat stratégique entre WhiteBIT, une plateforme d’échange cryptographique européenne, et Durrah AlFodah, acteur majeur en Arabie Saoudite, marque un tournant décisif dans le développement blockchain de la région [^1]. Ce partenariat n’est pas qu’un simple accord commercial : il symbolise la concrétisation politique et économique d’une volonté profonde du Royaume de s’ériger en pionnier d’une finance numérique souveraine et conforme à ses valeurs culturelles et religieuses.

À travers ce projet, l’Arabie Saoudite intensifie ses efforts pour bâtir une infrastructure digitale robuste, intégrant blockchain, finance décentralisée et infrastructures de données sécurisées, en parfaite cohérence avec sa stratégie nationale Vision 2030. L’introduction de la tokenisation au sein du Tadawul — la bourse saoudienne — illustre notamment cette ambition, promettant de transformer durablement les marchés financiers du pays.

Cet article propose une analyse détaillée de cette nouvelle stratégie blockchain saoudienne : ses fondements, ses mécanismes opérationnels, ainsi que ses implications dans un contexte géopolitique et culturel unique.


2. Vision 2030 : la blockchain comme pilier de la transformation

Lancée en 2016, la Vision 2030 est le plan directeur qui vise à repositionner l’économie saoudienne en réduisant la dépendance historique au pétrole. Parmi ses axes majeurs figure la stimulation de l’innovation technologique, notamment via la promotion des technologies de la blockchain et de la finance numérique [^6].

La blockchain est vue comme un levier stratégique permettant d’instaurer une gouvernance transparente et efficace, de moderniser les services financiers et publics, et d’attirer des investissements dans des secteurs innovants. Selon les autorités, la blockchain favorise une meilleure traçabilité des transactions, une réduction des coûts opérationnels et un accès élargi aux marchés, autant d’éléments essentiels pour la diversification économique saoudienne [^2].

Cette orientation s’inscrit dans une dynamique globale : l’Arabie Saoudite cherche à se positionner comme un hub régional et international de la fintech, en particulier dans les technologies compatibles avec ses normes culturelles, à savoir la finance islamique. L’essor fulgurant du secteur blockchain est illustré par une croissance de +51% des enregistrements commerciaux liés à cette technologie au deuxième trimestre 2025, avec plus de 4 000 entreprises enregistrées [^2].


3. Tokenisation du Tadawul : une révolution pour les marchés financiers

Le Tadawul, la bourse officielle saoudienne, est aujourd’hui en pleine mutation grâce à la tokenisation de ses actifs. Cette opération consiste à représenter sous forme de jetons numériques des actions ou autres instruments financiers traditionnels, permettant une négociation plus fluide, instantanée et accessible à un public élargi [^3].

Mécanismes de la tokenisation

La blockchain garantit la décentralisation et la sécurité des transactions, protège contre la falsification et facilite l’audit en temps réel. En transformant des parts d’entreprises cotées en tokens, le Tadawul vise à :

  • Augmenter la liquidité : les tokens peuvent être fractionnés, vendus et échangés 24h/24, y compris à l’international.
  • Renforcer la transparence : tout transfert est visible sur une chaîne immuable, réduisant les risques de manipulation.
  • Ouvrir le marché : démocratiser l’accès aux placements financiers, notamment pour les petits investisseurs.
  • Réduire les coûts : éliminer les intermédiaires et accélérer les opérations.

Ces avancées s’inscrivent dans la mise en œuvre du plan stratégique de la Capital Market Authority (CMA) du Royaume, qui promeut activement l’innovation technologique pour dynamiser la place financière locale et en faire un modèle d’intégrité et d’efficacité à l’échelle régionale [^7].


4. CBDC : la souveraineté monétaire à l'ère numérique

L’Arabie Saoudite ne se limite pas aux marchés boursiers dans sa stratégie blockchain. La Saudi Arabian Monetary Authority (SAMA), la banque centrale du pays, expérimente depuis plusieurs années une monnaie digitale de banque centrale (CBDC) orientée vers les paiements interbancaires et le règlement brut en temps réel, via le Project Aber, développé en collaboration avec les Émirats Arabes Unis [^4][^5].

Cette initiative vise à répondre à deux objectifs fondamentaux :

  • Maintenir la souveraineté monétaire : en contrôlant la création et la circulation de monnaie numérique, le Royaume peut réguler efficacement son système financier face à la prolifération des cryptomonnaies privées.
  • Accroître l’efficacité du système financier : en augmentant la vitesse et la sécurité des règlements, en réduisant les risques liés aux échanges transfrontaliers.

Le succès de Project Aber témoigne d’une volonté de conjuguer innovation et régulation forte. Il prépare aussi le terrain pour une future introduction plus large de la CBDC dans l’économie saoudienne, en complément des instruments traditionnels.


5. Souveraineté numérique : le contrôle saoudien sur l'infrastructure

Un pilier clé de la stratégie blockchain est la souveraineté numérique. L’Arabie Saoudite investit massivement dans le développement d’infrastructures digitales locales, afin de garantir que les données sensibles et les services financiers restent sous contrôle national [^2].

Les initiatives incluent :

  • Centres de données nationaux : localisation des infrastructures cloud et blockchain sur le sol saoudien, afin de sécuriser la disponibilité et l’intégrité des données.
  • Réglementation encadrante : cadre juridique strict s’agissant du traitement des données personnelles et de la cybersécurité, garantissant conformité et protection.
  • Monétisation énergétique : l’utilisation optimale des ressources énergétiques sanitairement produites pour alimenter ces infrastructures blockchain, renforçant ainsi l’autonomie et la durabilité.

Ces mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à affirmer la souveraineté d’État face aux externalités numériques, tout en s’ouvrant aux partenariats internationaux basés sur le respect des normes locales.


6. Finance islamique et blockchain : un mariage naturel ?

La finance islamique est un secteur fondamental de l’économie saoudienne, basé sur des principes éthiques dictés par la Sharia, notamment l’interdiction de l’intérêt (riba), la transparence et le partage du risque.

La blockchain, avec ses qualités intrinsèques de traçabilité, d’immuabilité et de transparence, semble parfaitement adaptée pour rendre les opérations financières conformes à ces exigences religieuses [^2][^3]. Elle permet notamment :

  • L’automatisation des contrats via des smart contracts Sharia-compliant.
  • La traçabilité des fonds, évitant les usages illicites ou spéculatifs.
  • L’amélioration des audits et la certification de conformité.

Cependant, certaines problématiques subsistent telles que la volatilité des actifs tokenisés ou le risque accru de spéculation, qui peuvent contrevenir aux préceptes islamiques. Pour répondre à ces défis, des consortiums entre experts religieux, financiers et technologiques élaborent des standards et des certifications afin d’assurer la conformité des produits blockchain à la Sharia.

Cette convergence ouvre ainsi une nouvelle voie pour la finance éthique, plus intégrée, sécurisée et innovante.


7. Modèle pour le monde musulman ?

L’Arabie Saoudite n’est pas seule dans la course à la transformation digitale et à la blockchain dans la région du Golfe. Les Émirats Arabes Unis, Bahreïn et le Qatar ont également adopté des stratégies ambitieuses [^2].

Cependant, le Royaume, de par sa taille économique et son héritage culturel, adopte une approche unique qui conjugue :

  • La tokenisation massive et intégrée aux marchés financiers nationaux.
  • Le contrôle souverain de bout en bout sur données et infrastructures.
  • Le respect et la promotion explicite des principes de la finance islamique.
  • La coopération intergouvernementale en matière de CBDC, notamment avec les EAU via Project Aber.

Ainsi, la stratégie saoudienne peut servir de modèle avancé pour d’autres pays musulmans souhaitant équilibrer innovation technologique, respect culturel et souveraineté nationale, jouant un rôle moteur dans l’émergence d’une finance blockchain éthique globale.


8. Opportunités et risques pour les investisseurs éthiques

La tokenisation du Tadawul, le développement des CBDC et la montée en puissance de DeFi compatibles Sharia ouvrent de nombreuses opportunités aux investisseurs à la recherche d’alternatives éthiques et innovantes.

Opportunités

  • Accès facilité aux marchés financiers saoudiens via la tokenisation.
  • Sécurité et transparence renforcées grâce à la blockchain.
  • Produits financiers conformes à la Sharia minimisant les risques religieux.
  • Participation à un écosystème en croissance rapide avec une dynamique gouvernementale forte.

Risques

  • Volatilité des actifs numériques, potentiellement problématique en finance islamique.
  • Risques réglementaires liés à la maturation encore en cours des cadres juridiques.
  • Spéculation excessive pouvant aller à l’encontre des principes éthiques.
  • Défis technologiques et cybersécurité, impacts possibles sur la confiance des investisseurs.

Les autorités saoudiennes et leurs partenaires technologiques militent pour des solutions équilibrées, entre ouverture et contrôle, afin d’assurer la pérennité d’un écosystème financier numérique éthique et viable.


9. Conclusion

En conjuguant Vision 2030, innovation blockchain et exigences de la finance islamique, l’Arabie Saoudite trace une voie unique et exemplaire vers une économie numérique souveraine, transparente et éthique. Le partenariat WhiteBIT, Durrah AlFodah incarne cette dynamique, affirmant la volonté du Royaume de s’affirmer comme leader régional et modèle mondial dans l’intégration responsable des technologies blockchain.

Le projet de tokenisation du Tadawul, les expérimentations de CBDC avec Project Aber et le contrôle strict de la souveraineté numérique forment un triptyque dynamique, reflétant une stratégie globale ambitieuse et bien orchestrée. Cette démarche ouvre des perspectives inédites tant pour le développement économique du Royaume que pour l’ensemble du monde musulman, en pleine quête d’un équilibre entre modernité technologique et valeurs traditionnelles.


Références

[^1]: Cryptopolitan. WhiteBIT secures a Saudi Arabia partnership.
[^2]: Blockchain Solutions. The Role of Blockchain in Saudi Arabia's Vision 2030.
[^3]: Naquib Mohammed. Post LinkedIn.
[^4]: SAMA. Project Aber report.
[^5]: SAMA. Saudi Central Bank Continues CBDC Experimentations.
[^6]: Vision 2030. FinTech Strategy.
[^7]: CMA. Capital Market Authority Strategic Plan.

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