Crypto 12 Jan 2026 Crypto P2P Club 15

La tokenisation : ce que les investisseurs musulmans doivent savoir

La tokenisation : ce que les investisseurs musulmans doivent savoir

Le mot « tokenisation » apparaît de plus en plus aux côtés de termes comme « blockchain », « actifs numériques » ou « web3 », souvent sans grande explication. Au premier abord, cela peut sembler technique ou intimidant. En réalité, l'idée derrière la tokenisation est beaucoup plus simple que le langage qui l'entoure.

Au fond, la tokenisation est simplement une nouvelle manière de suivre un droit de propriété.

D'abord : qu'est-ce qu'une blockchain ?

Avant d'expliquer la tokenisation, il est utile de comprendre ce qu'est réellement une blockchain. Pensez à une blockchain comme à un grand livre de comptes numérique partagé, semblable à un tableur, dont de nombreux ordinateurs conservent des copies en même temps. Lorsqu'une nouvelle transaction est ajoutée, la copie de chacun est mise à jour simultanément. Comme il existe de nombreuses copies, il devient très difficile de modifier secrètement les enregistrements passés.

Dans les systèmes traditionnels, les registres de propriété sont détenus par une autorité centrale : une banque, un État ou une entreprise. Avec une blockchain, la propriété est enregistrée sur un registre partagé, plus difficile à falsifier et plus facile à vérifier.

Alors, qu'est-ce que la tokenisation ?

La tokenisation utilise ce registre numérique partagé pour représenter la propriété. Imaginez que vous possédez un immeuble locatif. Traditionnellement, votre propriété est prouvée par des actes notariés, des contrats et des registres cadastraux. Si vous vouliez en vendre une partie ou faire entrer plusieurs investisseurs, la paperasserie deviendrait vite complexe.

Avec la tokenisation, la propriété de cet immeuble peut être divisée en unités numériques, appelées « tokens » (jetons en français). Chaque token représente une part définie de la propriété ou des droits économiques qui y sont liés (par exemple, une part des loyers perçus). Ces tokens sont ensuite enregistrés sur la blockchain.

Posséder un token, c'est comme posséder une action enregistrée numériquement d'un actif du monde réel.

L'analogie la plus simple est celle du billet d'avion : le billet n'est pas l'avion et ne le fait pas voler, mais il prouve que vous avez droit à un siège. Un token fonctionne de la même manière : il prouve un droit — de propriété, de profit ou de participation — tant que l'actif sous-jacent est réel et que le droit est légalement reconnu.

Pourquoi cet intérêt soudain pour la tokenisation ?

L'intérêt pour la tokenisation vient de frustrations très pratiques liées à la finance traditionnelle. De nombreux actifs sont difficiles d'accès, lents à transférer et coûteux à gérer. Les investissements privés, par exemple, exigent souvent des mises de fonds importantes et de longues périodes d'attente.

La tokenisation peut simplifier ces processus en :

  • Permettant des investissements plus petits (fractionnement de la propriété).
  • Facilitant le suivi de la propriété de manière transparente.
  • Accélérant les transferts et les règlements de quelques jours à quelques minutes.
  • Réduisant les frais administratifs et les intermédiaires.

C'est pourquoi des institutions explorent la tokenisation pour l'immobilier, les fonds privés ou même les projets d'infrastructure : non pas parce que c'est à la mode, mais parce que cela réduit les frictions.

Qu'est-ce que cela signifie pour l'investisseur musulman ?

Pour l'investisseur musulman, la tokenisation en elle-même n'est ni halal, ni haram. C'est un outil. Ce qui compte, c'est ce que le token représente et comment les rendements sont générés.

Si un token représente une part de propriété dans un actif réel (immobilier, entreprise, projet licite) et que les rendements proviennent de loyers, de services, de la production ou d'un partage des profits, alors la tokenisation peut en fait rendre ces investissements plus clairs et transparents. Elle est parfaitement compatible avec les principes de la finance islamique.

En revanche, si un token représente de la pure spéculation sur les prix, un effet de levier, des rendements basés sur l'intérêt ou une structure sans actif sous-jacent réel, la tokenisation ne le rend pas acceptable. Elle ne fait que le rendre plus rapide.

Trois questions simples pour évaluer un investissement tokenisé

Au lieu de se perdre dans le jargon technique, l'investisseur musulman peut se poser trois questions fondamentales, en accord avec la philosophie « Apprendre, Détenir, Partager » du Crypto P2P Club.

Question Ce qu'il faut vérifier Principe islamique
1. Qu'est-ce que je possède réellement ? Le token me donne-t-il un vrai droit de propriété ou une simple exposition à la variation du prix ? Clarté du contrat (Gharar)
2. D'où vient le rendement ? La valeur provient-elle d'une activité économique réelle (loyer, service, production) ou de la revente du token à un prix plus élevé ? Interdiction de la spéculation excessive (Maysir)
3. La dette fait-elle le travail ? L'investissement repose-t-il sur l'emprunt et l'intérêt pour fonctionner ? Interdiction de l'intérêt (Riba)

Si les réponses à ces questions ne sont pas claires, la structure est probablement trop faible ou trop spéculative pour un investissement prudent et halal.

Le mot de la fin

La tokenisation ne change pas ce qui rend un investissement licite. Elle change la manière dont la propriété est enregistrée. Si l'actif sous-jacent est réel, l'activité commerciale est licite et la structure financière est saine, la tokenisation peut être un outil puissant pour démocratiser l'investissement. Dans le cas contraire, la technologie ne résout pas le problème de fond.

L'avantage de l'investisseur musulman n'est pas la sophistication technique, mais la capacité à regarder au-delà du langage et à poser des questions simples et ancrées sur la réalité, le risque et la responsabilité.

Partager cet article

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à commenter !