Le monde des cryptomonnaies est de nouveau secoué par une forte volatilité. Après avoir atteint des sommets historiques, le Bitcoin a connu une chute spectaculaire, suscitant des interrogations et des inquiétudes chez de nombreux investisseurs. Pour l'investisseur éthique, cette situation soulève des questions éthiques fondamentales. Comment naviguer dans ce marché tumultueux tout en respectant les principes de la finance islamique ? Cet article se propose d'analyser la récente chute du Bitcoin sous un angle éthique, en se concentrant sur les concepts de Gharar (incertitude) et de Riba (intérêt), afin d'offrir des pistes de réflexion pour un investissement crypto plus responsable.
Comprendre la récente volatilité du marché des cryptomonnaies
Pour bien saisir les enjeux éthiques, il est essentiel de comprendre les raisons de la récente chute du Bitcoin. Après avoir atteint un record de 126 251,31 dollars au début du mois d'octobre 2025, le Bitcoin a perdu près de 30% de sa valeur en un mois, passant sous la barre des 90 000 dollars le 19 novembre 2025 [1]. Plusieurs facteurs expliquent cette baisse soudaine.
Tout d'abord, des annonces du président américain Donald Trump concernant la Chine ont ravivé les craintes d'une guerre commerciale, poussant les investisseurs à se détourner des actifs jugés risqués. Ensuite, l'incertitude quant à une éventuelle baisse des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine (Fed) a pesé sur le marché. Des taux d'intérêt élevés rendent en effet le dollar plus attractif que les cryptomonnaies.
Enfin, des facteurs internes au marché des cryptomonnaies ont amplifié le mouvement. De nombreux traders avaient utilisé un effet de levier pour parier sur la hausse du Bitcoin. Lorsque le cours a commencé à baisser, leurs positions ont été automatiquement liquidées, provoquant une cascade de ventes et une chute encore plus brutale. Selon l'analyste Rachael Lucas de BTC Markets, 20 milliards de dollars en bitcoins se sont ainsi évaporés lors de ce mini "krach" [1].
La spéculation et l'incertitude (Gharar) dans le marché crypto
Cette volatilité extrême nous amène à nous interroger sur la conformité du trading de cryptomonnaies avec les principes de la finance islamique. L'un des concepts clés à prendre en compte est le Gharar, qui désigne l'incertitude, l'ambiguïté ou le risque excessif dans une transaction. En Islam, les contrats contenant un niveau élevé de Gharar sont considérés comme invalides.
Le marché des cryptomonnaies, et en particulier celui du Bitcoin, est caractérisé par une forte volatilité et une grande incertitude. Les prix peuvent fluctuer de manière imprévisible en très peu de temps, comme en témoigne la récente chute. Cette situation peut être assimilée à une forme de Gharar, car il est extrêmement difficile de prévoir l'évolution future des cours. L'investissement dans les cryptomonnaies s'apparente alors plus à un pari (Maysir), interdit en Islam, qu'à un investissement productif.
L'utilisation de l'effet de levier, qui a contribué à la récente chute, est un autre exemple de Gharar. En empruntant de l'argent pour investir, les traders augmentent leur exposition au risque de manière démesurée. Une légère baisse du marché peut entraîner des pertes colossales, voire la perte totale de l'investissement initial. Cette pratique est clairement contraire à l'esprit de la finance islamique, qui prône la prudence et la modération.
Le Riba et les produits financiers dérivés dans l'écosystème crypto
Un autre principe fondamental de la finance islamique est l'interdiction du Riba, qui correspond à l'intérêt ou à l'usure. Le Riba est considéré comme une forme d'exploitation et est strictement prohibé par le Coran.
Dans l'écosystème des cryptomonnaies, le Riba peut se manifester de plusieurs manières. L'effet de levier, mentionné précédemment, implique souvent le paiement d'intérêts sur les sommes empruntées. De même, de nombreuses plateformes de trading proposent des produits financiers dérivés, tels que les contrats à terme (futures) ou les options, qui permettent de spéculer sur l'évolution des cours. Ces produits sont souvent basés sur des mécanismes d'endettement et d'intérêt, et sont donc considérés comme non conformes à la finance islamique.
Il est donc crucial pour l'investisseur musulman d'être extrêmement vigilant et d'éviter les plateformes et les produits qui impliquent du Riba. Il est préférable de se concentrer sur l'achat au comptant (spot) de cryptomonnaies, sans effet de levier ni produits dérivés.
Vers un investissement crypto plus éthique
Face à ces constats, faut-il pour autant se détourner complètement des cryptomonnaies ? Pas nécessairement. Le Bitcoin et la technologie blockchain présentent également des aspects positifs qui peuvent être en accord avec les principes de la finance islamique. La décentralisation, par exemple, permet de se passer des intermédiaires financiers traditionnels, qui sont souvent à l'origine de pratiques non éthiques. La transparence de la blockchain est également un atout, car elle permet de vérifier toutes les transactions de manière infalsifiable.
De plus, la régulation croissante du secteur des cryptomonnaies est une bonne nouvelle pour les investisseurs musulmans. Des cadres réglementaires comme MiCA en Europe ou le GENIUS Act aux États-Unis visent à rendre le marché plus sûr et plus transparent, ce qui pourrait réduire le Gharar et favoriser l'émergence de produits et de services plus conformes à l'éthique islamique.
Pour l'investisseur musulman qui souhaite s'exposer au marché des cryptomonnaies, voici quelques conseils pratiques :
- Adopter une vision à long terme : plutôt que de chercher à réaliser des gains rapides par la spéculation, il est préférable d'investir dans des projets solides avec une vision à long terme.
- Éviter l'effet de levier et les produits dérivés : ces instruments sont non seulement risqués, mais ils sont également non conformes aux principes de la finance islamique.
- N'investir que ce que l'on peut se permettre de perdre : la volatilité du marché des cryptomonnaies est telle qu'il est possible de perdre la totalité de son investissement. Il est donc essentiel de ne pas mettre en jeu des sommes dont on a besoin pour vivre.
- Faire ses propres recherches (DYOR) : avant d'investir dans une cryptomonnaie, il est indispensable de se renseigner sur le projet, son équipe, sa technologie et son potentiel de développement.
Conclusion
La récente chute du Bitcoin nous rappelle que le marché des cryptomonnaies est un environnement complexe et risqué. Pour l'investisseur musulman, il est essentiel d'aborder ce marché avec prudence et discernement, en gardant à l'esprit les principes éthiques de la finance islamique. En évitant la spéculation excessive (Gharar) et l'intérêt (Riba), et en se concentrant sur des projets solides et une vision à long terme, il est possible de concilier investissement dans les cryptomonnaies et respect de sa foi. La régulation croissante du secteur et l'émergence de nouveaux projets axés sur l'éthique et la finance décentralisée (DeFi) pourraient également ouvrir de nouvelles opportunités pour un investissement crypto plus responsable et plus conforme aux valeurs de l'Islam.
Références
[1] Après les records, le repli: pourquoi le bitcoin s'essouffle?
[2] Why Is Crypto Up Today? – November 19, 2025
[3] Bitcoin, Ethereum and XRP Set for Rebound? Here's What ...
[4] Crypto Today: Bitcoin, Ethereum, XRP brace for deeper losses as institutions pull back