Crypto 15 Dec 2025 Crypto P2P Club 42

Crypto en Algérie : entre interdiction officielle et écosystème parallèle, la souveraineté par l’éducation

Crypto en Algérie : entre interdiction officielle et écosystème parallèle, la souveraineté par l’éducation

L’Algérie présente un paradoxe fascinant pour tout observateur de la finance décentralisée. D’un côté, une interdiction légale parmi les plus strictes au monde. De l’autre, un marché parallèle bouillonnant et un écosystème technologique qui exprime un besoin criant d’ouverture. Au Crypto P2P Club, nous pensons que cette situation, loin d’être une impasse, est un puissant appel à l’éducation et à la souveraineté individuelle.


Une série de discussions récentes sur LinkedIn, initiées par des experts et des entrepreneurs algériens, a mis en lumière cette complexité. Entre les chiffres d’un marché clandestin colossal et les appels à l’aide de fondateurs de startups, un tableau se dessine : celui d’une nation en pleine tension numérique. Cet article se propose de décrypter cette situation et d’offrir une perspective alignée sur notre vision : la connaissance comme clé de la liberté financière.

Le cadre officiel : un « game over » réglementaire ?

La position des autorités algériennes est sans équivoque. Depuis la loi de finances de 2018, les cryptomonnaies sont dans le viseur de l’État. Cette position a été drastiquement renforcée par le décret exécutif n°25-10 de juillet 2025, qui, selon l’analyse de l’expert Ali Kahlane, est venu sanctionner ces activités [5].

Comme le résume crûment l’entrepreneur Ouali Zohir dans un post sans détour : « Crypto en Algérie : GAME OVER... » [4]. La loi est claire et son champ d’application, total :

  • Interdiction formelle de l’achat, la vente, l’utilisation et même la détention de toute cryptomonnaie.
  • Criminalisation des activités connexes comme le minage.
  • Mise sous surveillance des plateformes d’échange.

Cette posture s’explique par des priorités étatiques que rappelle Ali Kahlane : la stabilité financière, la sécurité économique et la souveraineté technologique [5]. L’État algérien choisit une approche de prudence maximale face à une technologie perçue comme volatile et potentiellement déstabilisatrice.

« Derrière chaque technologie interdite se pose toujours la question : qu’interdit-on vraiment ? Et pourquoi ? » - Ali Kahlane [5]

La réalité du terrain : un marché parallèle de plusieurs milliards

Pendant que le cadre légal se durcit, une économie souterraine prospère. Un post de Fathi Laichi avance un chiffre stupéfiant : le marché crypto clandestin en Algérie pèserait 9,7 milliards de dollars [1]. Bien que ce chiffre soit sujet à débat, il illustre une réalité indéniable : l’interdiction n’a pas supprimé la demande, elle l’a simplement déplacée vers des circuits informels.

Cette situation fait écho à l’analyse de M. Z. sur les paiements en Algérie, qui souligne la prédominance du cash et la nécessité d’intégrer les « pratiques et mécanismes officieux EXISTANTS » pour une réelle inclusion financière [2]. Le marché crypto parallèle est la manifestation la plus moderne de ce phénomène.

Phénomène Description Implication pour la crypto
Prédominance du cash La population a une forte préférence pour les actifs tangibles et les échanges de gré à gré. Le P2P (peer-to-peer) devient le mode d’échange crypto par défaut, loin des plateformes régulées.
Économie informelle Une part importante de l’économie fonctionne en dehors des circuits bancaires traditionnels. Les cryptomonnaies, notamment les stablecoins comme l’USDT, deviennent une réserve de valeur et un moyen d’échange dans cet écosystème.

Le dommage collatéral : un écosystème tech asphyxié

Cette interdiction n’est pas sans conséquence. Les premières victimes sont ceux qui devraient être le moteur de l’innovation du pays : les entrepreneurs et les développeurs. Ouali Zohir décrit avec une précision douloureuse les obstacles quotidiens [4] :

  • Impossibilité de payer les services essentiels : hébergement web, abonnements à des logiciels, services cloud, outils d’intelligence artificielle, APIs payantes.
  • Frein à la croissance : comment faire grandir une startup tech sans accès aux moyens de paiement modernes et internationaux ?

Cette situation est d’autant plus paradoxale que, comme le souligne un commentaire sur le post d’Ali Kahlane, l’Algérie ouvre massivement des filières universitaires dédiées au digital et à l’IA. On forme des talents de pointe tout en leur coupant l’accès aux outils fondamentaux de leur secteur.

« On ne cherche pas à défier les lois, mais on rêve juste de pouvoir innover depuis notre pays, avec les mêmes chances que les autres. On a besoin de solutions concrètes, pas de murs invisibles. » - Ouali Zohir [4]

La vision du Crypto P2P Club : la souveraineté par l’éducation

Face à ce constat, la tentation du cynisme est grande. Pourtant, cette situation est une démonstration parfaite des principes que nous défendons.

  1. Une interdiction ne supprime pas la technologie : elle ne fait que la rendre moins sûre et moins accessible. La demande pour les cryptomonnaies en Algérie est la preuve d’un besoin réel que le système actuel ne comble pas : protection contre l’inflation, accès aux marchés internationaux, inclusion financière.

  2. La souveraineté par l’auto-garde (self-custody) : dans un contexte où détenir des cryptos sur une plateforme est risqué légalement, le principe « Not your keys, not your coins » devient la norme. Apprendre à utiliser un portefeuille non-custodial (comme Sahal Wallet, que nous recommandons) n’est plus une option, c’est une nécessité pour sécuriser ses actifs.

  3. L’éducation comme acte de résilience : comme le suggère Redha Sarni, il faut se préparer à une ère « crypto-ready » [3]. Cela passe par l’éducation : comprendre ce qu’est Bitcoin, la différence avec une CBDC (dinar numérique), apprendre les bonnes pratiques de sécurité. Se former aujourd’hui, c’est être prêt pour demain, quelle que soit l’évolution de la loi.

Conclusion : quel avenir pour la crypto en Algérie ?

L’Algérie est à la croisée des chemins. Le pays fait face à un choix crucial : continuer sur la voie de l’interdiction, au risque de laisser prospérer un marché noir incontrôlable et de brider son innovation, ou trouver une troisième voie.

Cette voie, comme le suggère Ali Kahlane, pourrait être une régulation future, pensée et maîtrisée, lorsque les risques seront jugés acceptables [5]. Elle nécessitera un dialogue courageux entre les décideurs et l’écosystème tech.

En attendant, la responsabilité repose sur la communauté. Le rôle du Crypto P2P Club et de chaque individu est de se concentrer sur ce qui reste sous notre contrôle : notre connaissance. Apprendre, comprendre et maîtriser les outils de la finance décentralisée est le seul moyen de naviguer dans l’incertitude et de construire les fondations d’une véritable souveraineté financière, même dans un environnement restrictif.


Sources

[1] Fathi Laichi (2025), Algérie : Marché Crypto Clandestin de 9,7 Milliards de Dollars, LinkedIn.

[2] M. Z. (2025), Cardinalité des Paiements Retail, LinkedIn.

[3] Redha Sarni (2025), Crypto-Révolution : L’Algérie à la Croisée des Chemins, LinkedIn.

[4] Ouali Zohir (2025), Crypto en Algérie : GAME OVER..., LinkedIn.

[5] Ali Kahlane (2025), Cryptomonnaies en Algérie : interdiction, enjeux et perspectives, LinkedIn.

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